Lance, dis et contredis, il faut dans la houle, dans le temps et dans le silence, observer. Le compte, la rancœur, les obsessions, les trêves, il faut y regarder et dompter la douleur, sois sage et tiens toi, tire un fil, un fil et bien d’autres encore et puis souffle sur les doigts, sur le cœur.
Tiens-toi encore plus tranquille et déposé, las.
Sur la rive l’eau coule chaque jour et jamais telle, et rien sur soi, il regarde couler comme l’eau les jours et la mélancolie, en finir encore et trancher et mordre, battre et rebattre enfin l’air et l’horizon, les marches et le temps, la vie future, les regards tendres.
Il est posé et au bord d’autres disent : le gouffre est ainsi fait, ainsi posé et tournent encore un peu la tête. Il est ainsi posé au bord de l’horizon, devant le cœur immense, les yeux battent encore et unis, tous ils songent.
Les yeux ouverts, ils voient le fond du temps, les traits sur le carreau, la vie enfin bornée et l’horizon limpide.
Il voit, il touche, il grandit sans entrave, il est posé et contemple son éternité, il refuse les murs, il refuse le lien, au tronc les tuteurs ébranchés et les racines, l’arbre du monde est là, il pose sous son ombre et il voit jusqu’au loin.
Sur le fil, sur le temps, le rien tendu, la faim immense, ils sont féconds et clairs les émois, les aveux.
Il est tendu et extrêmement fier, il est fort et sensible, il trouve sous chaque doigt un cœur battant, une poutre, une assise, une ardeur, un peuple de grands fonds.
Il est posé, sensible et solitaire, ils comblent l’infini, au soir, le soleil évanoui, la brume, les histoires, il cherche quelques paroles, quelques chansons de joie et d’espérance, des œuvres de guerriers, des brûlures, du ciel fertilisé et des silences nus.
Ils se battent et chantent au bord du gouffre certains appuyés, bâtons pour la vieillesse, ils ne marchent plus et, ils comblent chaque ouverture et pensent en y passant : l’éternité est là.
Je dois dire le premier nombre, je dois chanter la première vertu, je dois passer sous chaque fourche, l’arbre est là et moi suis-je vivant.
Il faut encore penser, donner, battre et entendre, le fond est perdu, la raison ignore tout, il y a tout et tout et encore plus, le cœur bercé d’ombres et de sommeil bouleversé, il faut compter encore et prendre sur le dos les compagnons perdus, les histoires, les erreurs, le déséquilibre, l’échange.
Ils se trompent, ils ennuient, ils faussent l’évidence, le jour est long, la vie les trahit, ils sont aveugles et sourds et rompus, ils tracent ces clairs regards posés sur les cailloux, l’avenir y viendra poser des réponses, des lois nouvelles, des alliances encore.
Ils fleuriront les tempes et le front d’une espérance neuve, de pierres déposées, de regards et d’émotions fortes, ils cherchent et trouvent leurs erreurs passées, le fond est à combler, la vie est bien plus longue, le cœur au bout des doigts, compte le bord du chemin.
16 Avril 2013.