mercredi 18 mars 2020

Sicut cervus

« Sicut cervus desiderat ad fontes aquarum
ita desiderat anima mea ad te Deus. »

« De même que le cerf désire l'eau de la source
de même mon âme te désire, ô Dieu. » 


Psaume  42, ici.





"Sicut cervus" . I et II

"Sicut cervus". I





Comme un cerf assoiffé, comme une biche languissante, vos cœurs soupiraient après l’eau qui court. 



Avant toi, mon âme avait soif, nos larmes étaient une nourriture de jour et de nuit, tout nous disait sans cesse: où est-il, où est-elle. 



Dans le désert, tu es, je te cherche, mon âme a soif de toi, mon corps soupire après toi, dans cette terre sans eau. 



Mon âme languit, mon cœur et ma chair poussent des cris. Mon âme soupire, mon cœur, ma chair tu me montres un fleuve d’eau claire. 



Nous allons vers ta joie, nous allons vers mon allégresse, nous nous célébrons, nous sommes deux. 



Vous vous mariez, vous vous engagez, vous vous aimez. Vos enfants, vos amis vous passent la robe de reine et de roi, et vous lient. 



Au bord de l’eau, vous voilà, jeune biche et jeune cerf.



28 Juillet 2015.

"Sicut cervus". II







Au bord, à la dérive, et tous, le cœur ému et à plein tu respires, et toutes, les erreurs, toutes, calculées à l’avance, je viens, j’entends et je relance, la confusion est sur toute chose, oh, le grand escalier, oh, les ardoises fines, tu reviens et tu te berces, d’un orient vainqueur, on est là et on soutient, souvenons-nous du jour passé, des tuiles au toit, et de toutes, les choses si petites, du rêve et des lueurs et tout, étrangement scintille, et tout, tombe dans la pente, les amis éloignés, les buissons ardents d’un pays à un autre, les feuilles et les branches, et tout, encore bat dans l’escalier, la pente est forte, une image il ne reste, et tu tournes sous les feuillages, 






tu donnes et tu comprends, l’avenir est au ciel, les cages sont ouvertes, tu traines et tout te noie, nageur perdu et sans ressemblance, la vérité est dure, tu traines et tout te noie, tu iras de ton occident à ton orient, des champs brûlés aux heures propices, nageur absent, source des voluptés, tu prêches un avenir d’eaux claires et de joies simples, eaux assemblées, peurs détournées, toujours tu ranges et tu compliques, le propre et le sale, le doux et l’amer, un avenir en orient intime, tu pars et tu plisses, plumes tissées, genoux serrés, bouche fermée, un orient intime, pour toujours avancer et croire, une vie pour compter les erreurs, et tout calculer, 



3



tout remettre, le vrai, le faux et la candeur, tu ne croyais pas que l’amour était innocent, tout se calcule et tout se compte, les erreurs, les figures, l’émoi, tout palpite et tourne d’un tour de pied, tour, d’un tour de clef, tout à l’écrou scintille, l’ardeur, les dents blanches, mûres et prunes dévorées, framboises simples et tout en eaux agitées, tout te faire et tout te dire, tout entendre et tout, les doigts aux comptes servent, un nageur abandonné, un étang desséché, tu reviens et tu es en alerte, nageur coincé, cœur habillé, tu te demandes et tu commences où donc, où donc vas-tu si vite, et si fort, tu enchantes ton avenir, jeune cerf, jeune biche, tout est à noyer, tout est à rendre, étang desséché, boue intacte, traces oubliées, tout tourne et tu nages, enfant en avance, les arbres, les rochers tout est en abondance, cœur éloigné, du soleil à l’ombre, tu vas revenir, tu vas tout dire et tu vas repartir, en avant, en avant, donne un sens à ton supplice, défais la suite, tu calcules trop et trop tu fabriques, un cœur éloigné dérive sur l’étang et sort encore, de plumes lisses, en cœurs serrés, tu vas et tu voles ne retiens plus, laisse couler, avance et vois le temps, la mer est calme, le ciel est bleu, tu souffles et ton cœur respire. 



28 Juillet 2015. 

Images: Maria Dolores Cano, ici et .

mardi 17 mars 2020

Jour tordu. III.

1

Et encore là, il faudrait dire : monde je t’aime, je te prends et je tire chaque fil, sinon, bouche sèche, et langue mourante, je tourne rond et sable le chemin, il faudrait des fleurs, de la fraîcheur et du parfum, sur la peau, sur les dents, au lit, et à nouveau, oser, oser, être roi et conquérant, au bord du chemin, la jeunesse attends, on se battra par reconnaissance, pour les plus simples, pour les plus forts, pour un avenir de mort, pour une vie en partance, dans le tombeau : des fleurs et des chansons, mains tendus, cœurs habiles, ils tiennent, debout ils dépassent d’un fil, la vue emportée, les sacs débordent, des fagots aux bûchers, on arrive, on noie les corps dans trop d’ivresse, du sable aux genoux, des blessures dans la main, des lames et de la peur, plus rien n’est en partage.
2

Je me lance et je coule, pauvre soldat malhabile, il n’y a plus d’espoir, crainte tendue, de l’ombre au petit jour, entendue la plainte éclatée, pour toujours je ne regarde plus, je ne cherche plus, je ne trouve plus, une route de cendres, des yeux pour le danger, dans les coins sombres, dans le rang les arbres ne fleurissent et au ciel immense monte, la fumée.
3

Sacrifice et calvaire, tout croise et se défait, les collines, les allées, du nouveau à donner, en raison, il faut, il faut entendre, tout crépite et tend, tout brûlera bientôt et au soleil couchant il y aura de la haine sans repos, de la peur, du feu, souliers éclatés, pieds en sang, les chiens et les rats, collines noires, insectes au charnier, un fardeau et tout brûle bientôt, des sacs et des cordes, des cadavres, dents arrachées, tout ici palpite, la haine et la terreur, et encore là il faudrait dire : monde je t’aime, je te prends et je tire chaque fil, en chansons, des bouches sèches, des langues mortes et des cœurs aux abois, rats de bataille et chiens perdus, tout ici recommence et je pose ton histoire, un fardeau en feu, une bouche pour dire, langue sèche viens, un peu, comme il y a longtemps, bûcheron arrête, un peu, ton bras, verse le poison. Ivresse versée, paroles pour tout dire et tout cacher, genoux en terre, descends et bats-toi, il reste encore à dire et faire, tout est à brûler, pour tout rendre, bouche sèche, langue morte, pour parler, pour recommencer, oser, être roi et conquérant, un jour tordu, il faudra l’eau pure, il faudra le sable, l’air, les feuilles, les oiseaux.

27 Juillet 2015.

lundi 16 mars 2020

Jour tordu. II.

1

Tout à la larme, tout à l’espoir il faudrait du désir, il faudrait des menaces, des toiles, des couleurs et des rencontres, tout est dans l’incertitude, tout est au rebut, tu finis un passage et tu commences une histoire et le son te concerne et tu te concentres, chercherons-nous longtemps, défrichons-encore. Au vent de l’éternel il souffle trop d’ennui, il y a trop de temps, il y a trop d’espace et le feu environne et le saccage est clair, combien pour un aveu, combien pour une étoile, en haut et un cœur retrouvé, une étoile, il est confus et tout il précipite du haut, du haut, tout en bas en attente, ô, la saison.
2

Tout avance et je reçois, tout est en sacrifice, tout rejoins l’éternité, une blessure, un trait sur le mur, un éclat de lumière, au verger les fruits déjà cueillis, tout attire et tout commence : une histoire de temps et de chaleur, le feu qui environne et la boue sèche, chemin de ronde et veilleur sombre. Au levant, en passant il faudrait de l’eau pure, faudrait-il des visages clairs, des rires sans regrets, de l’avenir, une pleine main d’aventure, des yeux frais et des paniers remplis, une saison, et tout avance, des lames pour gratter les pierres du chemin enfin, j’entends le souffle immense, la vie.

On pourrait bien ouvrir les ailes, on cherche, on trouvera, il y aurait des étoiles au ciel le soir, il y aurait des visages sans ombres, des cœurs offerts, des toiles colorées à tendre, des bateaux pour éclairer le sable, le cœur est trop tenu, la ligne est courte, pauvre pêcheur racle le fond de vase. Miroir tendu au ciel tu finiras sauveur au bord des routes pour ceux qui vont se battre et tu compteras les morts, triste sort, pauvre chance, le temps est bientôt venu, il faut reposer les guerriers, il faut entendre les plaintes, ils vont agoniser et tu serreras leurs cœurs en lambeaux, plus de partage.
3

Plus de don, des coups et du carnage, nous chanterons l’azur et nettoierons le sang, au sentier, au chemin tout va se battre et se confondre, ils ne sont que blancs et blancs, tout attendus, tout démontés, sur le devant, dans l’ornière, guerriers furieux et blancs si blancs tout croisera. Tout montera, sacrifice pour le haut et chacun reconnu, on entend monter une plainte, il y aura des étoiles au ciel le soir, il y aura des visages sans ombres, des cœurs offerts, des toiles colorées, des lames pour gratter les pierres au chemin.

27 Juillet 2015.

dimanche 15 mars 2020

Retour, jour tordu. I.

1

Il y a de l’herbe au sol, tout chante, une histoire en appelle une autre. Le temps est vert, les choses se colorent d’une douce lumière.

Sous les feuilles la terre est à l’abandon, gorge sèche. Le rivage au loin fait signe d’approcher, il chante l’herbe tendre.

2

Le chemin est dans l’ombre. La chaleur tombe droite. Grand silence du ciel, ses griffes raient le jour. Tout commence, recommence.

La nuit tire sur le fil. L’air éclate dans l’ombre. Un souffle monte de la terre. Un chant tranche les secondes. L’espoir luit.

Dans la nuit l’étincelle a jailli. Tout est calme. Un refrain teint la nuit de douceur infinie. La terre est en sommeil. La pierre chante la joie.

3

La peau est comme la suie. La peur est sur l’avant. Un ciseau coupe le vent. Les arbres sont apprêtés, ils attendent l’été, le cœur dans les souliers.

L’enfance est là, présente, sans fin, cachée dessous les pierres. Le monde lui ouvre les bras, un monde de renouveau, de pardon, de bonté.


Maria Dolores Cano, 15 mars 2020 à 11:41. ici.

Jour tordu. I.

1

Encore, encore ne rien dire et poser tout au sol, il y a de l’herbe, tout fut vert, tout pour chanter, donne de l’élan, un pied posé au sol, une histoire et une autre, sans rien dire, sans entendre, avoines sèches, plus rien dans le dos, du côté aux épaules, le temps tourne, les choses changent, le sol est sec. On pensait l’herbe verte, le nez au sol on ne voit rien, du loin on n’entend.

Il faut se compter et essayer, au sol, sous les feuilles tout sèche et je m’attends, je suis à l’abandon, j’en suis à tout reprendre, une figure cruelle, tout à prendre et tout à commencer, pour essayer de joindre les rivages au loin, et tout au bout chanter la vie désespérée, dire le sens et tout emporter. On comprend, on entend, on montre un chemin et si je tourne, si je tourne.
2

Sans raison, sans but, on montre un chemin et on reste dans l’ombre, dans le temps sec, si chaud, rempli de silence et cerclé de griffures. Je suis un temps plaintif, je comble et j’apprends, je tourne et tout commence, un chant, un chant comme une lame, tout à faucher, tout à découper, on cisaille le vide, on racle le néant, tout tourne, cercle long, temps revenu.

Forces épuisées, je suis en abandon, je suis en nuit profonde, je tire un fil et tout au bout je compte, il n’y a rien, l’air chaud, le souffle, tu chantes, tu es au bout, peut-être loin du refuge, loin dans rien et mort demain, le chant, la boucle sombre. Tu es fourbu et tu cherches dans les images un chant d’espoir pour éclairer ton chemin, traîne, traîne, et pense sans fin une phrase et après.

Une histoire cachée, l’autre, tout est obscur et tu n’avances pas, tout est lent, tout est sombre, une lame pour faucher, pour jaillir une étincelle, au calme tout se tient, il faudrait beaucoup de force, tête perdue, saveur fanée, tu retiens au bord ton pas et ta chanson sans écho, et sans joie, du calme et de l’ennui. Tu grattes ta petite terre et tu formes toujours des pierres pour des rois.
3

Les outils fatigués, la peau faible et noircie, tu avances et tu cherches malgré tout, malgré toi, tu n’as pas pris le bon ciseau, tu coupes et tu recoupes et le jardin pâlit au souffle trop chaud, on a raclé le vide, on a oublié l’amandier, les fleurs sont fanées. Rien ne vient, rien ne tient, tout tremble et tu épuises tes derniers outils, dernières forces, jardin perdu, cœur éclaté, avoine morte.

Tu tiens toujours et ta vie se mesure, tu es encore à dire une enfance : un coffre caché sous les pierres. Je suis sans souffle et sans voix et je cherche à dire un monde pour le nouveau, il faut inventer le pardon, il faut offrir, j’en suis au temps plaintif, je comble et j’apprends, je tourne et tout commence, un chant, un chant pour vivre et pour comprendre, pour comprendre.

27 Juillet 2015.

samedi 14 mars 2020

Saché-je cuire et recuire.

I

Oh, à cuire et recuire, coudre et planter, au tourbillon invité, l’histoire de la bourrasque, du tourment et des illusions, tout au sinistre, tout au couchant, tout en lèpre sur les murs, les rues sont sales, les yeux fermés et en majuscule, on ose le majuscule, l’ennui.

Tout en y venant, des herbes, des cailloux, rubans qui volent et portes usées, fers sur le bois et renforts pour le mur, un monde passe, un monde tourne et tout mourait d’ennui à chaque lettre, je tiens, je viens, j’y suis, j’engrange et tout commence, les rues sont sales, la division est aux fenêtres. Tu parles, tu donnes, tu ploies et tout à tes épaules se pose et tout on berce, « saché-je » où et où tout se pose, où tout est calé.

D’une manière certaine, incertaine, je viens, je reprends et je compte, oh temps perdu, oh temps ancien et anciennes routes et traces, tout est à effacer, tout est à nettoyer, que je tourne, que je sache, que j’estime et que tout ploie, le monde dort, les rues sont sales, tout avance, tout est tordu et il faut encore perdre et rayer au loin, la surface, au près, si les cœurs affleurent.
II

Oh, cuire et recuire, découdre et supplanter, en tourbillon tout noyer et reprendre la course, la victoire est au bout des yeux, pour l’ouverture, enfin l’écho, un maintien, une césure, oh, tout couper et reprendre, la toile, et regagner chaque fil, sur la main chaque ligne et pour l’avenir : des tremblements, des silences et des ombres.

Incertitude, certitude tout est défendu, tout est à peser, tout est à comprendre, odeur cachée, volonté et tremblements, silence et mort, et récompenses, les enfants dorment et comptent au temps les aiguilles, silence et rêve sans secret, finissons là, la boucle à gratter, le terme est à trouver, un mot, un autre, une immense solitude et la joie au retour, on sait, on pense, on trouve et à chercher on recommence, les enfants comptent au temps les aiguilles.

Tout sachant, sauvons aussi le monde du drame, la vie commence, le cœur est fou, tout se dérobe, les illusions, les sacrifices, la peau est tournée, les cicatrices amères, il y a du désir et de l’ombre, il y a aussi la confiance et l’écho, sans rien dire, sans rien entendre, les erreurs sont cachées.
III

Alors, à cuire et recuire toute plainte pour tout combat, on avance, on se noie dans les erreurs et tout pourtant il faudrait dire : je couds, je plante, tout est à mettre en évidence, la joie, la vie, les planches, et les lois à venir, tout à comprendre, on divague, les rues sont sales et tout palpite.

26 Juillet 2015.